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 L’attente, défi lancé au temps, est également la colonne vertébrale du Rivage des Syrtes de Julien Gracq. Isolé, dans un lieu désert (et déserté), un militaire est envoyé sur le poste frontière du rivage des Syrtes, pour surveiller la mer qui sépare sa ville Orsenna d’un lieu inconnu et mystérieux. Ce roman est une offensive violente et en règle contre la rigoureuse logique du temps, puisqu’elle en inverse le cours. Le propos stoppant net là où l'histoire (la vraie) débute. Cette histoire qui n’en serait pas une, ce destin qui n’en serait pas un, conduisent à la prétérition. Ce récit, construit autour du mouvement de l'attente vers l'évènement, gomme les limites des espaces temporels et géographiques.
L’expérience de la solitude liée à l’isolement est un thème récurrent en littérature. Bien sûr dans le Crusoé de Defoe, mais aussi dans les étincelantes pages des Travailleurs de la mer de Victor Hugo, celles de la solitude sublimée du doux colosse rêveur transi d’amour qu’est Gilliat, son héros, sur les rochers des Douvres.
S’il est un roman qui peut, durant cet été, vous aider à ralentir le temps, c’est bien aussi Le désert des Tartares de Dino Buzzati. Le roman entier traite, tout en finesse suggestive, de cette fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec. Des pages dans lesquelles nous retrouverons l’isolement (du fort), l’infini (du désert) et la dénonciation de cette quête dérisoire qu’est la gloire. Dérisoire face au temps et à son immuable extrémité qu’est la mort.
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