|
 Auteur de plus de trente œuvres de fiction, pièces de théâtre, poésies, essais politiques et romans aux genres multiples, Mario Vargas Llosa s’est vu décerner le prix Nobel de Littérature 2010. Une récompense bien méritée pour l’un des auteurs de langue espagnole les plus lus à travers le monde et une occasion offerte pour découvrir ou redécouvrir son œuvre…
La vie de Mario Vargas Llosa s’apparente à un roman. Elevé par sa mère et ses grands-parents en Bolivie, puis au Pérou, il poursuit des études à l'Académie militaire, avant d’épouser sa tante, Julia Urquidi (Un mariage dont il puisera l’inspiration d’un de ses titres majeurs 'La tante Julia et le scribouillard'). Étudiant en lettres et en droit à l'université de San Marcos, puis de littérature à Madrid, il s’installe ensuite à Paris, où il exercera les professions de traducteur, de professeur et de journaliste.
Si, lors de l’annonce du Nobel de littérature 2010, l'Académie suédoise a salué Mario Vargas Llosa "'pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec'.", c’est certainement pour surligner la complexité des rapports qu’entretient l’homme écrivain avec l’homme politique, mais surtout pour saluer une œuvre riche au fil conducteur commun : la dénonciation de l’oppression et de la tyrannie.
Après avoir été séduit par Fidel Castro et la révolution cubaine, l’homme affiche ouvertement sa rupture avec la révolution castriste et les mouvements d'extrême gauche lors de son retour en Europe. Il sera candidat du Front démocratique à l'élection présidentielle péruvienne, puis, vaincu, quittera le Pérou pour reprendre ses activités littéraires et enfin rejoindre Londres.
Souvent décrié pour ses prises de positions politiques, Vargas Llosa répond qu’«il est très difficile pour un écrivain latino-américain d'éviter la politique" et l’écrivain ajoute «La littérature est une expression de la vie, et vous ne pouvez pas éliminer la politique de la vie." Mais là où la politique peut diviser et déchaîner les passions, la littérature doit pouvoir rassembler. Et c’est bien de littérature qu’il s’agit dans l’œuvre de Mario Vargas Llosa, devenu, à 74 ans, l'un des plus célèbres écrivains de langue espagnole au monde. Intellectuel anti-totalitaire dont le travail couvre tout l'éventail de l'expérience humaine, de l'idéologie à l’éros, l’écrivain est d’ailleurs souvent comparé à son contemporain Gabriel Garcia Marquez, lui-même lauréat du prix Nobel de littérature en 1982.
Nous accompagnons dans « La fête au Bouc », une jeune avocate new-yorkaise de retour à Saint-Domingue. Les conversations, sous forme de confession qu’entretiendra la jeune Uriana avec son père mourant plongent le lecteur dans les méandres de la dictature de Trujillo, jusqu’à ce jour fatal et charnière pour l’histoire du pays de l'attentat qui lui coûtera la vie en 1961. Nous y suivons le destin d’un peuple écrasé par la terreur, et l'héroïsme de quatre jeunes gens qui tenteront l'impossible : le tyrannicide.
Dans la grande fresque amoureuse et très autobiographique « La tante Julia et le scribouillard », les personnages essaient maladroitement d'échapper à leurs destins. Vargas Llosa s’y dévoile habilement en alternant réalité et fiction. Une dénonciation en règle de la structure familiale bourgeoise distillée par un suspens amplifié au fil des pages…
« Qui a tué Palomino Molero » est bien plus qu’une enquête policière, très bien menée. C’est aussi, pour l’auteur, l’occasion de décrire son pays d’origine par l’étude des coutumes, mœurs, de la pauvreté et de la corruption d’une société haute en couleur.
Nous n’avons que la liberté du choix pour nous plonger dans l’œuvre de ce tout jeune Nobel, tant son œuvre éclectique et variée ne faiblit jamais. Si l’Homme vous intrigue, n’hésitez surtout pas à vous plonger tête bêche dans le très bel ouvrage de « La liberté et la vie » aux éditions Gallimard.
|