Exit le fantôme PDF Imprimer Envoyer
Écrit par db   
Samedi, 30 Juillet 2011 18:27


Depuis trente ans et neuf livres, Philip Roth s'est exercé au jeu du chat et de la souris avec son plus célèbre personnage, Nathan Zuckerman. Trente années durant lesquelles il lui a insufflé impulsion et vitalité au travers de mémorables histoires. Dans son dernier ouvrage, Exit le fantôme, Roth propose le dernier chapitre de la saga Zuckerman et revisite un grand nombre de ses personnages et de ses thèmes.

 

 

Rarement un auteur contemporain n’aura été aussi cohérent en son œuvre, que Philip Roth. Rarement un écrivain aura mené à bout, à ce point et jusqu’à l’obsession, la quête du sens identitaire de l’écrivant sans cesse confronté à sa « fiction ». Dès 1979, avec le premier volume de la saga Zuckerman, au titre déjà très évocateur de « Ghost Writer » (L’écrivain fantôme), Roth annonçait clairement sa couleur : travailler et réfléchir en profondeur, et au fil des pages, à la place identitaire, entre fusion autobiographique et fantasmes oniriques, aux liens étroits d’amour et de haine, sur fond d’un « Je t’aime moi non plus » qui unissent immanquablement auteur et personnages. Pendant que certains lecteurs apercevaient dans l’ombre de Nathan Zuckerman l’omniprésence de l’auteur, d’autres, refusant peut-être de croire aux fantômes, n’y décelaient que le pur produit de son imagination narratrice. Un sujet qui, loin d’être clos, persistera, sur fond de théorie freudienne et lacanienne, à hanter longtemps encore les salons littéraires et les librairies.

 

 

Philip Roth, qui n’a jamais prétendu résoudre la quadrature de ce cercle, s’est amusé depuis trente ans avec son Nathan Zuckerman, comme Mary Shelley l’avait fait auparavant avec son Frankentein, pour nous conduire, comme elle, au constat que le destin du créateur et de sa créature demeurent indissolublement liés.

Dans Exit Ghost, c’est un Nathan Zuckerman, malade, fatigué et reclus dans sa maison isolée, que nous retrouvons, lors d’un banal voyage à New-York pour un examen médical expérimental, sensé soulager l’incontinence générée par son cancer de la prostate. Empêtré dans une série de drames inattendus que raviveront les passions de sa jeunesse, l’auteur retrouvera fortuitement une Amy Bellette vieillissante et mourante (cette si ravissante Amy Bellette déjà présente dans The Ghost Writer), croisera un jeune érudit arrogant qui s’obstine à vouloir rédiger une biographie scandaleuse de son mentor Lonoff, s'entichera, malgré son impuissance, d'une jeune femme et écrivain en herbe, Jamie Logan, et fera la connaissance d’un jeune couple d’écrivains avec qui il envisagera un échange de domiciles. Mais il est peu probable que l’intérêt essentiel du roman se trouve là.

Car la déchéance de Nathan Zuckerman est tout aussi brutale que l'honnêteté littéraire d’Exit le fantôme, ce qui permet une lecture si convaincante qu’elle peut parfois conduire le lecteur jusqu’au malaise. Et peu à peu, au fil du récit, le narrateur fatigué et aigri s’étiole en son écriture, comme si forces vitales et inspiration littéraire étaient étroitement liées (ce qu’elles sont). Comme si, en gommant peu à peu les contours de son héros, c’était son propre reflet, sa propre raison d’être, que l’auteur effaçait. Exit Ghost est le livre d’un très grand écrivain, bien sûr, mais également la pièce manquante d’un puzzle littéraire riche et foisonnant. Cette pièce, si facile à poser, mais que l’on voudrait ne jamais pouvoir trouver, pour prolonger, ou pour retrouver, encore pour quelques temps, les plaisirs enfuis. Trente ans après sa création, Nathan Roth exhorte son personnage Philip Zuckerman à sortir définitivement de scène, et à emporter avec lui ses propres hantises.

Mise à jour le Lundi, 29 Août 2011 18:40
 
 

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