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Lorsque Pythivier propose à Lucky de le mettre quelques jours par semaine au service des Kaltenmuller avec pour seul mot d’ordre de ne rien voir, de ne rien entendre et surtout de ne rien répéter, c’est sans compter sur certains évènements inattendus, ni sur l’amour que Lucky voue à sa sœur.
Sur la demande de son oncle Pythivier, jardinier chez le couple Kaltenmuller, Lucky échappe quelques heures par semaines à l’institut de surveillance où il est placé, pour aider à la tâche. Le monde des adultes étant hermétique (car incompréhensible) aux enfants, l’homme recommande très vivement au fiston d’apprendre à garder sa langue dans la poche et de ne jamais la donner au chat. Lucky va très vite découvrir qu’il s’en passe de belles dans cette maison, des vertes et des pas mûres ! Le premier à en faire les frais sera le chat, qui aurait bien été avisé de se garder d’être un matou séducteur. Car, chez les Kaltenmuller, on a une fameuse manie à tailler, à cisailler, à couper et à raboter tout ce qui tend à dépasser un tant soit peu. Chez les Kaltenmuller, les sécateurs, les cisailles, les couteaux et les cutters sont omniprésents. Chez les Kaltenmuller, on ne se parle pas, mais on se fait des cachoteries, on s’envoie des signes, on disparaît ou on se suicide. Pour tout dire, l’atmosphère n’y est pas très sympathique. Et très vite, la situation va s’envenimer, au point que l’inspecteur de police, au volant de sa belle automobile customisée, va très vite s’en mêler.
C’est à travers le regard innocent du petit Lucky qu’Yves Ravey nous invite à pénétrer dans cette froide demeure, entièrement dépourvue de chaleur humaine et habitée par des adultes robotisés qui, aux yeux de l’enfant, paraissent inaptes à toute sensation et émotion. Taillée au scalpel, l’écriture nous plonge dans cette ambiance glacée et parfois insoutenable. Mais Lucky –même pas peur !- qui n’a pas encore dit son dernier mot et n’est pas du tout résolu à abandonner sa sœur adorée, s’apprête à percer les mystères des grandes personnes en s’invitant de force dans le monde impitoyable des adultes. Entre non-dits et violences contenues, « Cutter » se lit d’une traite pour nous laisser au fond de la gorge un arrière-goût de métal oxydé, comme si ce récit avait réveillé d’anciennes phobies d’enfance enfouies. Gare à vous, âmes sensibles, voici un livre qu’il vous sera peut-être préférable de lire de jour et en bonne compagnie. |