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 Né en Inde puis scolarisé en Angleterre, Lawrence Durrell traversa l’histoire et les pays où il résida avec la curiosité bienveillante des voyageurs épris d’humanité et d’empathie. De l’Himalaya à l’Europe, de Chypre à Alexandrie, il nous fit partager à travers son œuvre une grande Histoire incarnée en des personnages attachants et d’une puissance romanesque rare…
 Il est des romans qu’il est préférable de ne pas avoir encore lus, tant leur découverte à venir embellira et marquera à tout jamais l’âme et la vie de ses futurs lecteurs. Cette œuvre maîtresse de Laurence Durrell : « Le quatuor d’Alexandrie » est l’un d’entre eux. Ce roman enraciné dans l’Histoire, à l’amour, aux arts, à l’esthétisme et à l’incessante quête de tendres constitue la colonne vertébrale de son œuvre. Les chassés-croisés amoureux magistraux sur fond de préoccupations sociales et géopolitiques de l’Alexandrie de l’entre deux guerres captivent d’entrée. L’œuvre polyphonique nous enivre durant plus de 1000 pages autour de la double quête, sentimentale et de quête de vérité, de son personnage principal Darley. Le héros de ce quatuor entre intrigue du désir, du bien et du mal, de la vertu et du caprice, amours et meurtres au travers des sombres recoins de la magique Alexandria, « comme dans un grand congrès d'anguilles enchevêtrées dans la matière visqueuse d’un complot». Lentement, et au terme de nombreuses prévisions, visions puis révisions, Darley y apprendra l'amour et y découvrira sa maturité d’homme et d’artiste. Et puisqu’il est des œuvres qu’un simple résumé déflore et appauvrit, rien ne peut remplacer le temps d’une lecture ou d’une relecture, temps du plaisir que nous offre cette symphonie littéraire, opulente et sensorielle qu’est ce monument littéraire du « Quatuor d’Alexandrie »
 Ce premier roman d’apprentissage largement autobiographique était, jusqu’à ce jour, devenu mythique ; les initiés s’arrachaient, sous le manteau, les très rares tapuscrits à prix d’or (La plupart des copies de l’ouvrage ayant été détruite dans un incendie durant le blitz de Londres). Écrit dans les années 1930, et interdit par son auteur à toute publication durant son vivant, « Petite musique pour amoureux » retrace la vie d'un jeune garçon anglais, Clifton Walsh, de son enfance en Inde jusqu’à son retour dans une Angleterre qui le mettra au pied du mur de ses contradictions et déchirements liés à sa double culture. De la liberté des grands espaces de son Himalaya natal jusqu’aux étroits corridors conventionnels d’une Angleterre décadente et étriquée, l’auteur naïf et franc, s’y raconte en toute intimité. Un roman de jeunesse dans lequel on sent déjà poindre à chaque détour de pages le lumineux génie de l’auteur du « quatuor ». La première édition française de ce texte mythique sera l’évènement littéraire majeur de ce printemps.
 C’est de son passage dans une Chypre en bouleversement, entre 1953 et 1956, que Lawrence Durrell tirera la matière de son « Citrons acides ». Bien éloigné de l’ouvrage politique, Durrell y offre la part belle aux accueillants visages de quidams villageois plongés dans la tourmente d’une histoire, la leur, annonciatrice de l’avènement d’un monde moderne et déstabilisateur.. « «Je voudrais que ce livre soit tenu pour un monument utile élevé à la paysannerie cypriote et aux paysages de l’île. » prévint l’auteur dans sa préface.
S’il est des romans que l’on se passerait bien d’ouvrir, il n’ reste pas moins ceux que l’on ne souhaiterait jamais avoir à refermer, afin - pour toujours - de prolonger le bonheur. C’est le cas des trois ouvrages de ce grand monsieur de la littérature universelle qu’est Lawrence Durrell. Un très grand monsieur qui s’est éteint en France en 1990 et qui aurait fêté ses cent ans cette année.
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