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Dernier roman publié en 1946 en Hongrie par Sandor Marai, « La sœur » nous plonge au coeur d’une enveloppante et néanmoins bien étrange confession post-mortem. Un testament contemplatif et plein d’espoir sur la vie, la maladie, la mort, l’amour et l’humanité…
Les éditions Albin Michel, en poursuivant la publication de l’œuvre de l’écrivain hongrois Sándor Márai, réparent l’injuste oubli dans lequel avait été enfoui l’auteur après son exil de Hongrie en 1948. Dans ce roman toute en finesse et profondeur, il nous entraîne sur les sentiers psychologiques empruntés par un narrateur isolé par la neige dans la chaleur d’une auberge en Transylvanie.
« Ce que j’ai appris alors n’avait pas trait à des peuples ou des pays mais seulement au sort d’un homme. Toutefois, la même fatalité peut s’acharner aussi implacablement sur la vie d’un homme que sur l’existence des nations ». Le ton est ainsi donné et nous devinons dès les premières lignes que la rencontre à venir entre le narrateur et Z, un musicien au succès enfui et qui n'est pas remonté sur scène depuis trois années, résonnera bien au-delà de leurs deux destins individuels. Z pourrait être le dernier homme d’un monde implosé (notons que nous sommes en pleine seconde guerre mondiale) et s’accorde bien au huit clos isolé d'une auberge, qui pourrait s’assimiler à une arche, proche du naufrage, et dont le mince équipage se prépare au cataclysme. Peu de temps après avoir quitté le lieu de leur échange, le narrateur apprendra le décès de son interlocuteur, puis en recevra les confessions post-mortem.
Dans ces mémoires d’outre-tombe, le musicien décrira le mal fulgurant et mystérieux qui s’abattit sur lui à l’issue d’un concert à Florence quelques années auparavant. Revenant sur son hospitalisation et sur ses soins morphiniques, il dépeindra son détachement, fruit de l’oubli, d'un monde en plein chaos. Ecartelé en son fort intérieur par des tensions contradictoires liées à la guerre, à sa maladie ainsi qu'à son impossible amour platonique pour une femme mariée, le musicien semble chercher, par sa confession, la voie d'une guérison psychique et physique qui s'apparente à une rédemption.
Entre contemplation(s) et illusion(s), ce roman abyssal et mystique nous entraîne, avec la maestria des nocturnes de Mozart, dans les profondeurs insondables de l’âme humaine.
« L’intelligence n’est rien. La passion est tout. Peut-être ce que Goethe appelle l’idée, ainsi que Platon et ceux qui savent que la signification de la réalité est la passion qui éclaire les formes par derrière. La passion est davantage que la volupté. Mais ça, je ne peux le dire à personne. Peut-être si encore une fois, la musique… »
A l’écoute des cris de son corps, du silence de sa musique et des palpitations de son cœur transi, l’homme réfléchit aux sens des mots vie et mort, ainsi que sur l’altruisme et la générosité salvatrices de l’humanité.
Ce grand roman, admirablement traduit par Catherine Fray, est sans conteste l’une des lectures incontournables de cet automne. Après la lecture de Marai, le silence qui suit, tout comme en musique, est encore plus puissant et plus fort que les mots.
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